Actualités > Décès de Pascal Riffaud

Pascal RIFFAUD architecte, co-associé de l’agence Block architectes, collectif nantais de la première heure, nous a quittés au petit matin samedi 24 juin 2017, à l’heure du chant strident des oiseaux.

Architecte, designer, artiste, enseignant, toujours attentif aux autres, père admirable et compagnon affectueux, il avait su se faire aimer pour sa délicatesse, sa présence bienveillante et son intelligence rigoureuse si particulière, faite d’éclats magnifiques.

L’ensa Nantes, l’école de son cœur, l’ensemble des personnels, les enseignants, les étudiants et le directeur partagent la douleur de sa famille et de ses proches amis de création.

Si vous le souhaitez, vous pouvez le visiter au funérarium de Nantes au 39 boulevard Joliot-Curie de 9H à 20 h.
Lé cérémonie aura lieu le mercredi 28 juin en la Cathédrale de Nantes à 14 H 30

Potentiel :
Qui n'est qu'en puissance. Qui exprime la possibilité conditionnelle d'une action.
 
Ce qui est potentiel se définit comme « possible » et renferme un devenir. Il s'agit par cette notion d'exprimer une architecture non dévoilée, non finie.
 
C'est ce qu'écrivait Pascal Riffaud dans son diplome de fin d'étude d'architecture en février 1997, dans le Blockhaus DY10 à Nantes, accompagné par une bande de fou-furieux squatteurs qui ne réfléchissaient à rien de moins que de dynamiter l'architecture et la musique dans une même brutalité nonchalante.
Ses expérimentations de dispositifs potentiels et ses transpositions d'images en codes numériques ont contribué à fonder, avec Denis Brillet et Benoît Fillon, en 2000, l'état d'esprit de l'agence d'architecture Block.
Block comme une partie du mot Blockhaus, un sample comme une trace indexée, mais aussi,  comme un possible à construire.
La livraison récente de leur bâtiment Étoile (Espaces et Technologies Ouverts pour l'Innovation des Laboratoires et des Entreprises) à Evry prouve encore une fois le travail à l'oeuvre : révéler des lieux en les reconstruisant de manière hybride, sans affect, mais ouverts à toute expérience. Même chose pour les projets, entre autres, d'un Centre sportif à Brest, des gîtes de Brive-Sainte Féréole, des logements et du groupe scolaire de la Bottière – Chenaie à Nantes ou du Mont Royal(e), structure, poétique et praticable de l'exposition PLAYGROUND dans Le Voyage à Nantes de 2012.
 
À chaque fois, l’expérience n’est pas l’aboutissement d’une situation, elle en est la matrice.
Et l’expérience n’existe que dans la puissance de sa radicalité. What you see is what you see.
 
Peut être disait-il aussi cela à ses étudiants de l'Ecole Supérieur des Beaux Arts de Tours-Angers-Le Mans ?
Sérieux sans jamais se prendre au sérieux, cultivé et passionné du monde, d'un humour décalé et parfois mordant, ce qui pourrait encore le caratériser, c'est sa fidélité à ses proches, ses amis, et ses convictions.
 
Depuis les nineties Pascal explore les flux continuels qui le transportent de l'architecture archétypique fictionnelle, à l'art et à la musique, dans un même mouvement d'interrogation de la forme et de la puissance. Et retour.
 
Faux rythmes, glitchs, larsens, detunes, improvisation libre, sur d'inombrables synthés low et hight tech, et aussi sur une musicmaster de 1964 branchée sur un ampli Bassman dont le réglage de master volume n' a toujours eu qu'une seule position: 10.
Les bifurcations sont fluides entre électronique et powerchords, avec un goût prononcé pour les couches de matière sonore à superposer, à trancher, à araser, à anihiler. En groupe avec Ground, Extrème Shoegaze, DrumDrum ou en solo avec Aalpes Pascal nous a invité avec délicatesse vers les terrains assourdissants de la radicalité.
 
Je repense ici à ce concert de My Bloody Valentine en juin 1992 à Rennes, à cette version incroyable de « You Made Me Realise », conduisant la pop arty de Kevin Shields au delà de la simple représentation. Je pense à ce moment où l’assemblage sonore produit par Shields, Bilinda Butcher et sa Charvel surfcaster, Debbie Googe et Colm O’Ciosoig a progressivement changé de plan pour glisser vers ce qui devenait dès lors une performance. Un énorme monoton d’environ 20 minutes, la dissolution de chaque instrument dans la fabrication d’un son unique, d’une puissance à peine supportable. A ce moment, My Bloody Valentine obligeait le public à faire son choix : succomber à cette expérience monumentale ou fuir vers la sortie. Dans la salle, au milieu de cette foule hésitante entre tétanie et hallucination, s’est produit un étrange phénomène. Face au souffle sonique radical, les imperceptibles déplacements de la tête, du corps, fabriquaient d’infimes nuances musicales, comme si la matière expulsée des amplis étaient mise au service de chaque spectateur pour leur offrir la possibilité de produire une possible déviation de ton, une inversion de la notion de spectacle dans la mise à disposition d’une bifurcation de l’événement, en même temps que la fabrication d’une présence commune, d’un corps commun.
 « You Made Me Realise »
 
Pascal est parti dans la nuit de vendredi avec la même radicalité que tout ce qu'il faisait.
Il est parti en quelques heures. Une tumeur fulgurante qui ne se guérit pas.
Comme le dit Stéphanie, sa compagne, occupée à tous nous soutenir, nous les amis incrédules de cette absence : « Un truc rare, à la Pascal ».
 
RR
 
http://b-l-o-c-k.com/
https://aalpes.bandcamp.com/